J'ai mis plusieurs jours à rassembler tous les documents, ils n'étaient pas tous à chercher au même endroit. Et puis, la liste avec le nom des rues, mais sans le plan de la ville, ça n'est pas très utile. Un nouveau voyage pour obtenir la précieuse feuille de papier reliant les adresses aux lieux.

J'ai hésité sur la ville en question, deux listes, deux plans, un planning serré, un rêve auquel on tient... il faut se décider ! Le soir, avec beaucoup de concentration, d'étude des différentes cartes et des places disponibles, je sélectionne, je mets des croix et je raye.

Dans l'espace étroit et inconfortable, les deux listes dans une main, les plans dans l'autre, la carte en plastique qui m'échappe, pas de place pour prendre des notes, je me lance.

Je commence par tenter l'impossible, l'adresse à côté du cours de danse tant espéré, ... pas de place ! Je cherche la seconde adresse, je ne la trouve pas. Les listes sont mélangés, je ne sais plus à qui téléphoner, je cherche des croix dans la marge : j'en avais mis plusieurs, je n'en trouve plus aucune !

Second essai, le rue voisine de celle où nous serons bientôt, voix agréable mais verdict identique : pas de place. A chaque nouvel appel, je dois enlever la carte, attendre, la remettre, attendre, faire le code, attendre, faire le numéro, où est ma liste, où sont mes croix, je me cogne aux parois de verre.

Je m'imagine passant une heure à cette activité laborieuse. Découragement.

L'intuition que les choses n'ont pas à être aussi compliquées. Ce sera donc la liste des adresses loin de ce cours de danse impossible. La première adresse convient, c'est à quelques rues de l'école, il n'y a pas de croix, j'essaie quand même !

Voix surprise : "pour deux enfants ? le mercredi ? heu, à quelle heure ? oui, pourquoi pas ?"

La personne ne me paraît pas très enthousiaste, mais pourtant intéressée. Pour moi, coincée dans ma cabine, ce petit oui est reçu comme un grand oui ! Je fais préciser "Etes-vous intéressée madame ? Pouvons-nous nous rencontrer ?" Rendez-vous pris pour l'après-midi.

Devant la porte, nous étions en avance, et je n'ai pas osé sonner. Sur le côté, des jeux d'extérieur ont éveillé la curiosité de mon petit chenapan, la porte s'ouvre alors que nous sommes dans le jardin.

J'ai alors vu les yeux et le sourire et j'ai affiché les mêmes sur mon visage. Nous sommes entrés, un enfant dort à l'étage, j'ai bien fait de ne pas sonner. J'arrache un "bonjour" marmonné aux enfants, nous entrons et ils se jettent sur les jouets comme le matin du jour de Noël. Ils ne sont pas intimidés, ce que je trouve rassurant et de très bon augure.

J'ai vu un monsieur aussi qui avait l'air très gentil. Et nous avons parlé elle et moi, de son métier, des enfants, des horaires, des repas. De mon métier et de sa fille qui partage mes conditions de travail. Les enfants absorbés ne répondaient plus à mes questions, ils se sont ensuite chamaillés et nous nous sommes découverts des points communs à propos de l'éducation de nos enfants, expliquer et guider, proposer une alternative,... jusqu'à l'utilisation de la minuterie de la cuisine (ce qui nous a fait beaucoup rire).

Que de choses nous séparent, plus d'une vingtaine d'années, mes études, mes origines et les siennes, la langue peut-être, la religion sans doute ... et une mer.

Et pourtant si proches, tellement proches après ces quelques minutes partagées, que sans hésitation aucune, c'est à elle, la troisième à qui je téléphone, la première que je rencontre, qu'un matin par semaine pendant toute l'année, je veux confier mes enfants.

Ils joueront, ils mangeront, ils riront, ils s'amuseront et pendant ce temps-là, j'irai le coeur léger travailler.